Théâtre : acte 9

Droit, debout à la périphérie du cercle, je me trouve. Chacun parle et se présent le temps et le silence s’impose, le temps de la parole est étiré. Pendant que chacun d’entre nous parle, elle est là dans mon champ de vision. Elle la regarde et lui sourit. Je l’ignore car le temps passe mais elle ne cesse de manifester sa joie, son plaisir à la regarder et les sons sortent de ses lèvres : des cris, des soupirs, des petits rires.
Lentement sans m’en apercevoir, l’énervement s’immisce en moi, elle continue, elle pouffe, elle ricane tout en la regardant. l’idée d’immaturité me traverse l’esprit ainsi que l’agacement aussi.
On lui demande d’être naturelle alors elle gigote et se tortille. Par ses regards qui nous sont adressés, elle nous interpelle et nous exclut de sa communication en même temps. Je m’en fiche, elle paraît idiote à mes yeux. Pourquoi se sentiment d’agacement s’impose en moi ? Elle ne m’a rien fait, ni dit.
Quand c’est à elle d’intervenir, elle trouve le moyen, une fois de plus de ne pas faire comme les autres. Pourquoi ? Es-tu différente ? Tu brises l’unité du groupe qui tente bien que mal à se former. Et tu nous interpelle comme pour t’excuser. Étais-je aussi maladroit, aussi puéril, aussi enclin à regarder mon nombril à son âge ? Et pourquoi pas! laisse-la faire! Finalement l’indifférence prend la place et je me concentre sur les autres, ceux qu’ils veulent nous partager ce qu’ils ont, ce qu’ils sont. Mon partenaire semble être sur le point de finir sa présentation et le silence qui se pose entre nous tous m’indique que c’est bientôt à moi.
Pourquoi mon ventricule se manifeste-t-il ainsi, lui qui d’ordinaire m’est fidèle. Je me scinde en deux, même en trois. Mon coeur qui s’emballe, mon esprit qui prend conscience de tous ce raffut sous mes côtes et mon enveloppe charnelle semble ne rien transparaître. Je décide d’attendre que l’adrénaline se résorbe pour prendre la parole sinon la voix matérialisera cet état d’excitation incontrôlable, involontaire, non souhaitable. Cette pulsation est comme un déchirement, que m’arrive-t-il? Elle qui n’est jamais apparue dans de telle circonstance. J’aime être là, ici, en ce lieu où je sais que tout est jeu, rien ne peut m’arriver. C’est un choix personnel, le danger n’est que jeu.
La respiration se fait plus tendre et le temps est avec moi, je suis redevenu conscient et en possession de tous mes sens. L’autre pimbêche se tient droite, enfin comme les autres, elle attend, elle s’impatiente. Enfin je parle. La communication vocale est très brève, elle fait place à l’expression des yeux que je regarde et qui m’observent. Des sourires, des fronts qui se plissent, chacun s’exprime différemment et c’est une autre communication qui se noue. Le jeu s’installe et je le laisse se créer entre ceux qui le souhaitent sans aucune justification. C’est mon temps de parole, de manifestation, le temps de jeu libre, sans aucune contrainte que celle de regarder autrui. La plénitude que je ressens et qui semble se matérialiser à mon insu se communique aux autres. A mon tour peut être de les agacer ?

Publicités

Publié le janvier 17, 2010, dans théâtre. Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. dans quel atelier sont nées ces sensations que tu écrit si bien ?

  2. c’est si beau aussi, le doute …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :